Chacune des matrices des linogravures est éditée en 60 ou 80 exemplaires. Ces estampes sont toutes imprimées, numérotées et signées par mes soins à la main dans mon atelier.
Les tirages sont réalisés sur du papier d’édition simili japon 130g avec une encre typographique à l’huile, dont la résistance aux UV est une garantie contre l’effacement ou le jaunissement du papier, assurant ainsi la durabilité de la linogravure dans le temps.
Choix du papier et des encres, fournisseurs locaux, recyclage et réutilisation des chutes pour d’autres supports : je tâche d’inscrire mon travail dans une démarche la plus respectueuse de l’environnement possible.
À défaut de pouvoir utiliser des techniques plus coûteuses, les artistes issus des milieux populaires se sont emparés du linoléum qui apparaissait alors sur le sol des cuisines.
Une fois découpé en planche, cette matière constituée de poudre de bois mélangé à de l’huile de lin et pressé à chaud sur de la toile de jute s’est prêté à merveille pour être gravée : une nouvelle technique de taille d’épargne était née !
Des gouges bien affutées vont permettre d’entailler la plaque de linoleum et ainsi retirer de la matière. Une fois gravée, la matrice de lino est encrée au rouleau, les sillons qui ont été creusés sont épargnés par l’encre, qui reste à la surface.
Une feuille est ensuite déposée sur la plaque, l’estampe est obtenue après un passage sous une presse, ou à l’huile de coude avec un baren, une cuillère en bois ou un couvercle de pot de confiture.
Chaque épreuve ainsi imprimée est unique en ce que des détails vont s’estomper ou s’affirmer d’un tirage à un autre selon l’encrage et la pression exercée.
Illustrateurs et affichistes ont alors adopté la linogravure qui s’est rapidement popularisée grâce à sa facilité d’exécution. Bien que des artistes reconnu·es aient produit des estampes à partir du lino, la pratique a souffert d’un relatif mépris des institutions, le médium n’étant pas jugé noble.
Le lino est néanmoins resté un médium privilégié de l’art engagé et étroitement lié aux classes populaires et ouvrières. Une tradition qui s’est notamment maintenue en Amérique latine où la linogravure est la technique de prédilection pour représenter les réalités quotidiennes et populaires.